09 janvier 2006
Discrète ouverture des hostilités pour l'investiture au PS
PARIS (AP) - C'est le début d'un marathon de dix mois: après s'être déchiré l'an passé sur l'Europe, le Parti socialiste aborde ce début 2006 une nouvelle campagne interne qui s'annonce tout aussi âpre en vue de l'investiture pour la présidentielle. De l'échappée belle de Ségolène Royal dans les sondages aux voeux de Laurent Fabius et "DSK", les "candidats à la candidature" commencent à sortir du bois.
C'est en novembre 2006 que les militants socialistes -et eux seuls, a tranché François Hollande- désigneront leur champion pour la bataille élyséenne. La procédure a été initiée en 1995 pour départager Lionel Jospin et Henri Emmanuelli. Les six ou sept "présidentiables" plus ou moins déclarés du PS n'ont donc que dix mois pour creuser l'écart. Une entreprise de longue haleine à laquelle plusieurs ont donc décidé de s'atteler sans attendre.
Ségolène Royal a pris une longueur d'avance. Après s'être invitée dans le bal des "présidentiables" fin septembre en se proposant comme candidate si elle était "sollicitée", la "Zapatera" fait la course en tête dans les sondages. Selon l'institut LH2 pour "Libération" lundi, 39% des Français en font la meilleure présidente, 62% la jugent "compétente" et 76% "sympathique".
Selon CSA, 42% souhaitent qu'elle soit la candidate du PS (+6 points en un mois), loin devant ses rivaux putatifs. Enfin, selon l'IFOP, elle est la seule au PS à avoir une stature présidentielle pour 53% des sondés. La présidente de la région Poitou-Charentes sait aussi faire feu de tout bois, comme en témoigne sa visite jalousée au Chili pour soutenir Michelle Bachelet. Prochainement, elle lancera son association et un site Internet, sous le nom "Désirs d'avenir".
Une "embellie royale" que certains nuancent. Elle "bénéficie d'une crédibilité", mais n'est pas pour autant "plébiscitée", selon François Miquet-Marty, directeur des études politiques de LH2. Pour lui, sa situation est "privilégiée" mais "fragile".
A 16 mois de l'élection, "les Français se prononcent plus sur la sympathie que sur les capacités à gouverner. Ils ont raison, elle est très sympathique", glisse le fabiusien Claude Bartolone. Jusqu'à son compagnon François Hollande qui lui demande de "laisser du temps au temps". A l'UMP, on lui conseille de "faire ses preuves".
Plus discrets, les autres "présidentiables" vont aussi profiter de cette rentrée pour poser les jalons de leur candidature. Tout en veillant à ne froisser personne au PS. Ainsi Laurent Fabius va-t-il présenter ses voeux ce mardi, et ce pour la première fois depuis son départ de Bercy en 2002. "Il a envie de faire entendre sa voix", explique Claude Bartolone, qui rappelle que son mentor n'appartient plus à la direction du PS.
Très actif, Dominique Strauss-Kahn tiendra meeting samedi à L'Hay-les-Roses (Val-de Marne) pour les 70 ans du Front populaire. Il présentera ses voeux à la presse mercredi prochain. Il l'avait fait en 2004, pas en 2005. Son idée de pétition pour l'abrogation de l'article de loi sur le "rôle positif" de la colonisation a recueilli pas moins de 45.000 signatures. Enfin, il a été adoubé dimanche par Michel Rocard comme le candidat "le plus clair et le plus convaincant".
Membre de la direction du PS, en charge des élus, "DSK" veille à ne pas agacer ses camarades. Selon un proche, Jean-Christophe Cambadélis, il va "déployer son activité dans l'année qui vient", mais "il incarnera sa singularité dans la convergence" en faisant des "propositions". "Il se fond dans l'union, tout en s'en distinguant", résume M. Cambadélis, confiant pour la cohésion du PS. "Il y a la synthèse, donc il n'y a plus de risque".
Reste à savoir si la synthèse conclue aux forceps au congrès du Mans mi-novembre résistera au choc des ambitions. "Il n'y a pas de peur particulière sur l'unité parce que (...) chacun sait que son sort personnel est lié à la capacité du parti à réussir les six premiers mois" de 2006, consacrés au projet, a rappelé lundi Bruno Le Roux, proche de François Hollande, autre "présidentiable". Et de souligner qu'"il n'y a qu'une seule cérémonie de voeux qui est organisée au PS, c'est celle du Premier secrétaire", lundi prochain. AP
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