27 juin 2005
''On nous refait le coup du 21 avril''
Benoît Hamon (PS) : ''On nous refait le coup du 21 avril''
Benoît Hamon, Député socialiste européen proche de Arnaud Montebourg réagit après l’exclusion de Laurent Fabius de la direction du Parti socialiste. Il estime que l’équipe dirigeante du PS n’a pas véritablement tiré les enseignements du vote du 29 mai.
Laurent Fabius et plusieurs de ces partisans viennent d’être écartés de la direction socialiste lors du dernier Conseil national du PS. Quelle est votre première réaction ?
Je trouve cela navrant ! Alors que ce référendum aurait du nous conduire à essayer de comprendre pourquoi près de 55% des Français ont refusé ce Traité, la direction du PS choisit justement d’exclure de ces instances ceux qui avaient porté le « non » durant cette campagne. On assiste à un véritable autisme des dirigeants du PS. Je pensais que face à l’autisme de la Droite et de Chirac, les socialistes pourraient montrer une certaine clairvoyance. Celle-ci a visiblement manqué à certains !
Le PS n’a pas tiré les leçons du vote du 29 mais selon vous ?
A l'évidence, l’argument de la direction aujourd’hui est de dire que ce vote est avant tout le résultat de la volonté des Français de sanctionner le gouvernement et le président de la République. Tous ceux qui ont participé à cette campagne savent pourtant bien que les Français ont parfaitement été capables de mesurer les conséquences de ce traité constitutionnel et d’exprimer leur jugement. On nous refait le coup du 21 avril ! On avait alors essayé de faire retomber l'échec de Lionel Jospin sur d’autres, Taubira ou Chevènement. La vérité, c’est que comme en 2002 la direction socialiste a été confrontée à un rejet massif des catégories populaires. J’ai le sentiment que nous devons encore beaucoup travailler afin de retrouver une crédibilité auprès de celles-ci. François Hollande nous propose un congrès du Projet pour le 18 novembre. C’est bien ! Mais la direction qui va nous mener jusqu’à ce congrès est essentiellement organisée autour des seuls partisans du « oui ». Franchement, si c’est pour reconduire les mêmes hommes à la tête du parti et la même ligne idéologique, je ne vois pas bien l’utilité d’un tel congrès. J’espère que les militants ne se laisseront pas prendre à cette opération.
Quelles mesures devraient proposer les socialistes dans les prochains mois ?
Il y a 3 types de crises. La première est économique et sociale. Les inégalités ces dernières années n’ont pas cessé de s’accroître. Ceux qui vivent de leur travail, qu’ils soient salariés ou pas, n’ont plus le sentiment que la part de richesse qu’ils contribuent à créer et qui leur revient, leur permette d’envisager sereinement leur avenir et celui de leurs enfants. La redistribution des richesses est un problème central. Et nous avons à y répondre ! Sur le plan de la crise européenne nous attendons aussi des initiatives précises de la part du Parti socialiste. Celui-ci doit se faire désormais l’interprète au sein de la Social-démocratie européenne du « non » social qui s’est exprimé le 29 mai. Mais avant toute renégociation, nous devons aussi évoquer la nécessité pour l’Union de recourir à l’emprunt et au déficit budgétaire pour financer l’élargissement. Nous serons alors en mesure d’exiger de nos partenaires l’harmonisation fiscale et sociale, une directive pour sécuriser les Services publics et un retrait définitif de la « Directive Services Bolkestein » . Sur le plan de plan de la démocratie, nous ne devons enfin plus passer sous silence la crise des institutions qui frappe notre pays, avec un Président responsable devant rien ni personne. Pour régler cette crise, nous avons besoin d’une Sixième République. C’est le débat qui s’ouvre. J’espère que le Parti socialiste ne sera pas frileux sur ces les réponses à ces trois crises.
Les courant minoritaires du PS qui ont défendu le « non » présentaient pas moins de 3 textes pour ce Conseil national. Vous allez changer de stratégie pour le congrès du 18 novembre prochain ?
Lors de ce Conseil national, nous avons, c’est vrai, présenté notre texte. Ça ne nous a pas empêché de nous retrouver avec d’autres pour contester l’analyse que faisait direction du vote du 29 mai. Le clivage européen est sans doute un clivage structurant pour l’avenir. Mais il n’efface pas forcément les autres questions. Dans l’optique du prochain congrès, le courant du « Nouveau Parti Socialiste » présentera ses propositions sur des questions aussi importantes que la réforme des institutions, la redistribution salariale ou les problèmes sociétaux. Notre volonté de rénovation du parti Socialiste est intacte. Si nos propositions peuvent enrichir des rassemblements socialistes plus larges et contribuer à l’unité, nous l’accepterons sans état d’âme. Mais nous sommes dans une période où il est très important de conserver son identité.
Laurent Fabius doit-il désormais prendre la tête de l’opposition à François Hollande ?
Je pense que ce n’est pas un problème de personne. Laurent Fabius fera ce qu’il a envie de faire. La question centrale aujourd’hui, c’est celle du projet. Nous devons en bâtir un capable d’apporter des réponses aux inquiétudes qui se sont exprimées. Le candidat s’imposera alors de lui même. Laurent Fabius est une personnalité importante du Parti socialiste. Mais je ne pense pas que son problème soit de prendre la tête d’une opposition interne à François Hollande. Que la priorité de certains soit de battre les partisans du non de gauche me désole. Mon combat aujourd’hui n’est pas de battre les défenseurs du oui de gauche mais de battre la droite. A la direction du PS démontrer désormais qu’elle partage les mêmes priorités. Elle n’en a hélas pas pris le chemin cette semaine.
Propos recueillis par Mathieu Guilsou pour Yahoo! Actualités

