13 juin 2005
Forum NPS du 12 juin - revue de presse
Face à un "parti divisé" et à "une gauche fracturée", le NPS prépare le congrès
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PARIS (AFP) - Face à un "parti divisé" et une "gauche fracturée", le Nouveau parti socialiste (NPS), minorité du PS animée par Arnaud Montebourg et Vincent Peillon, se lance le premier, après la victoire du non à la Constitution européenne, dans la préparation du congrès socialiste de novembre.
Plus de 600 militants étaient présents, dimanche à Paris, pour participer, à la Cité universitaire internationale, au grand forum public organisé par le NPS, dont les débats se sont ouverts par une "ovation debout" à l'annonce de la libération de Florence Aubenas et de Hussein Hanoun.
Partisan du non, resté assez silencieux pendant la campagne référendaire pour respecter la position officielle du PS favorable au oui au terme d'une consultation interne des militants, le NPS entend désormais tenir toute sa place dans la préparation du congrès avancé, de quelque six mois, au 18 novembre.
"Né dans la douleur du 21 avril (2002, élimination de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle, ndlr)", le NPS veut "puiser dans le vote majoritaire (des Français) du 29 mai une force nouvelle", a lancé Christian Paul, député de la Nièvre, "car nous avons de nouvelles responsabilités".
Un sentiment partagé par Vincent Peillon, député européen, pour qui "l'unité des socialistes est un souvenir, une nostalgie". "Elle est entièrement à reconstruire", a ajouté M. Peillon, alors que militants et dirigeants se sont déchirés entre pro et anti Constitution pendant la campagne référendaire.
Très critique contre l'actuelle direction du PS, Arnaud Montebourg a ironisé sur "Solférino (qui) n'est plus le nom d'une victoire, c'est le surnom d'un blockhaus administré par des autruches".
"Socialistes de France et d'outremer, jusqu'à quand allez-vous écouter ceux qui, chaque jour, nous poussent au précipice", a-t-il lancé. "La France a besoin d'autre chose que d'un quarteron qui s'accroche à un radeau qui coule".
"Un congrès doit avoir lieu", a dit Vincent Peillon. Il est "celui de la dernière chance avant 2007" et il sera une "occasion réussie à condition de discuter des vrais sujets et de faire de vraies propositions", a-t-il plaidé, en appelant le "pays au réveil, au sursaut après dix années de chiraquisme, dix années de cauchemar".
Alors que circulent des rumeurs sur des alliances entre différentes sensibilités socialistes avant le congrès, d'abord partagées entre les tenants du oui et les avocats du non, le NPS a voulu faire entendre sa différence et a nié toute négociation, secrète ou pas, en vue de rapprochements tactiques.
"Nous ne sommes ni d'un camp, ni de l'autre", a affirmé Vincent Peillon, "nous sommes nous-mêmes". "Le NPS n'est pas un clan, pas une boutique, c'est une démarche offerte à tous les militants pour transformer le PS", a-t-il insisté.
Même sentiment pour Arnaud Montebourg : "nous ne serons les supplétifs de personne pour mettre au pouvoir - dans le PS, puis dans le pays - nos projets" et notamment "installer la VIème République" et "domestiquer la mondialisation".
"Notre ambition", résume Christian Paul, est de "produire de l'alternance en refusant les allégeances". "Nous voulons construire un PS plus à gauche, au nom de l'exigence sociale qui est notre raison d'être, et plus moderne, parce que les réponses traditionnelles de la gauche sont remises en question".
"Il y a un espoir", a lancé Vincent Peillon aux participants, et "vous êtes cet espoir". "Donnez au socialisme toute sa force, toute sa chance, il a besoin de vous" et "nous avons besoin de lui pour le siècle qui s'ouvre".
Le FIGARO
Montebourg ne veut pas choisir entre Fabius et Hollande
Myriam Lévy
[13 juin 2005]
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Comment survivre au congrès sans perdre son âme ? C'est la question épineuse qu'auront à résoudre, dans les mois qui viennent, les membres du courant Nouveau Parti socialiste d'Arnaud Montebourg, Vincent Peillon et Benoît Hamon. Hier, ils avaient réussi un petit exploit : réunir, un dimanche, à peine sortis du référendum, plus de 600 personnes à la Cité universitaire, pour une journée de débats. NPS ne pouvait pas attendre : il est urgent pour ce courant de raccrocher le mouvement, lui qui, opposé au projet de Constitution européenne, n'a pas fait campagne par respect de la parole des militants socialistes. La course au congrès de novembre étant désormais ouverte, il s'agit de montrer ses muscles en faisant comme s'il était possible, au moins pour un temps, de ne pas tomber dans le camp de François Hollande ou celui de Laurent Fabius. «Nous ne sommes pas au moment de choisir entre un bloc ou un autre. Cela nous priverait de tout espoir de peser sur le congrès et la future majorité», a expliqué avec assez de franchise le député de la Nièvre Christian Paul.
«Notre candidat, c'est le projet», proclamait un calicot disposé derrière la tribune, qui s'est malencontreusement décroché pendant le discours de Montebourg. «Je mange avec tout le monde et avec personne», a proclamé le député de Saône-et-Loire. Hier, NPS avait réussi à attirer quelques personnalités extérieures, comme le député radical Christiane Taubira, le Vert Stéphane Pocrain, le député des Landes Alain Vidalies, en délicatesse avec Henri Emmanuelli, ou la fabiusienne Claude Roiron, tous tenants du non.
Dans son style de ténor du barreau comme on n'en voit même plus aux assises, Arnaud Montebourg a réservé ses salves les plus dures à la direction du PS. «Solferino, a-t-il dit, n'est plus le nom d'une victoire. C'est le surnom d'un blockhaus administré par des autruches.» Succès garanti et éclats de rire dans la salle. Et Montebourg de s'interroger : «Militants socialistes de France et d'outre-mer, jusqu'à quand allez-vous écouter ceux qui nous poussent au précipice ?» Quant à Peillon, il a dénoncé «une opposition si molle qu'elle réussit à faire passer François Bayrou pour un dur». Difficile, dans ces conditions, de croire Montebourg lorsqu'il affirme que «NPS parle à tout le parti, aux militants du non comme aux militants du oui». La cible de NPS, c'est surtout, comme il le dit lui-même, «la France qui désespère de son Parti socialiste» et qui «a besoin d'autre chose que d'un quarteron accroché à un radeau qui coule».
Tout au long des discours, les dirigeants de NPS ont d'ailleurs opposé l'actuelle direction à ce qu'ils appellent la «base sociale», qui serait le réservoir électoral naturel du PS et qui aurait dit non au référendum. Vincent Peillon les appelle «ceux que nous avons abandonnés», Hamon explique que ce sont «ceux qui ne peuvent pas se permettre d'en reprendre pour cinq ans de libéralisme» en 2007, espérant qu'alors «le vote socialiste soit le débouché naturel du vote antilibéral».
D'ores et déjà, alors que la commission de préparation du congrès n'est pas encore installée, Vincent Peillon a «posé deux conditions» pour sa bonne organisation. NPS demande que la désignation du candidat à la présidentielle soit totalement dissociée de la préparation du congrès et que les futurs candidats à la candidature s'engagent à respecter le vote des militants, qui désigneront leur champion au suffrage universel. Autre exigence : une procédure de vote transparente, qui permette d'éviter ce que les minoritaires appellent les «manoeuvres d'appareil», avec en ligne de mire le poids des trois ou quatre grosses fédérations qui fournissent à elles seules un quart des votes au congrès.
Fabius : le non est «pro-européen»
Laurent Fabius affirme que le non à la Constitution est «majoritairement social et pro-européen», dans une interview à paraître aujourd'hui dans l'hebdomadaire allemand Der Spiegel.
Pour lui, il convient de «ne pas se tromper de diagnostic : c'est la crise de l'Europe qui a débouché sur le non de plusieurs peuples et pas l'inverse».
Pour sortir de l'impasse, M. Fabius affirme que désormais «tout est affaire de volonté» en soulignant la nécessité d'une «explication franche». Il propose «de retravailler le texte (NDLR : du traité constitutionnel) pour le rendre plus social, d'écarter l'essentiel de la partie trois, de nous concentrer sur les institutions et sur les principales valeurs de l'Union européenne ainsi que sur la charte des droits».
LIBERATION
Au PS, Montebourg et Peillon veulent capitaliser leur non | ||
Bête noire. Le plus virulent a sans doute été le député de Saône-et-Loire Arnaud Montebourg : «La France a besoin d'autre chose que d'un quarteron qui s'accroche à un radeau qui coule», a-t-il dit à la tribune. «Solferino (siège national du PS, ndlr) n'est plus le nom d'une victoire, mais celui d'un blockhaus administré par des autruches», a ajouté Montebourg, en estimant que la direction de son parti se montrait depuis le 29 mai incapable d'entendre le message des Français. Celui qui a toujours fait du chef de l'Etat sa bête noire a quasiment mis le numéro un du PS dans le même sac, en l'ajoutant à sa liste Chirac, Villepin, Sarkozy , dont la «responsabilité» n'est jamais engagée. Plus mesuré, le député européen Vincent Peillon a néanmoins justifié le fait d'être «sévère» avec François Hollande, chef d'un parti «divisé» dans une gauche «fracturée». Selon lui, le patron du PS a échoué sur les trois fronts qu'il s'était fixés à Dijon, en mai 2003, lors du dernier congrès du PS : le projet, la rénovation et l'unité des socialistes. A propos du projet, il a jugé que «le réformisme de gauche» de Hollande était «aussi vertébré qu'une limace». Quant à l'unité, «elle est entièrement à reconstruire». Vincent Peillon a aussi prévenu qu'il s'était «senti injurié» par ceux qui ont accusé les partisans du non de «xénophobie». L'autre député européen du NPS, Benoît Hamon, a été tout aussi clair quant à ses attentes pour le congrès du 18 novembre : «Un changement d'orientation et un changement de direction.» A part ça ? Le NPS assure s'engager dans cette nouvelle bataille interne sur «une ligne d'autonomie», en refusant la logique «des deux blocs» que proposeraient les présidentiables socialistes, François Hollande et Laurent Fabius en tête. Même si l'ancien numéro deux du PS a été, lui, très épargné hier. «Nous ne sommes ni d'un camp, ni de l'autre. Nous sommes nous-mêmes», a déclaré Vincent Peillon en fin d'après-midi. «Nous refusons que l'alternative du congrès soit entre ceux qui ont refusé le vote des militants et ceux qui refusent d'entendre le vote des Français, a-t-il ajouté. C'est par rapport à nous que les autres devront se déterminer.» «Nous n'avons pas vocation à rester minoritaires, ni à nous diluer dans des alliances prématurées», confie aussi le député de la Nièvre Christian Paul. Précipice. En clair, le NPS se sent pousser des ailes. Là encore, c'est Arnaud Montebourg, manifestement frustré d'avoir dû garder le silence depuis des mois, qui s'est montré le plus explicite : «Militants socialistes, de France et d'outre-mer, si vous nous entendez, jusqu'à quand allez-vous écouter ceux qui vous poussent chaque jour vers le précipice !», a-t-il tonné à la tribune en admettant «voir les choses en grand». Le NPS entend en tout cas capitaliser à la fois sa prise de position contre la Constitution et son respect du verdict des militants qui, le 1er décembre 2004, s'étaient prononcés pour le texte à près de 59 %. L'ambition : servir de trait d'union entre le oui et le non et se placer dans la bagarre qui s'ouvre au centre du parti, en maillon incontournable pour constituer une hypothétique majorité en novembre. «Aucun socialiste n'est notre ennemi», a ainsi assuré Peillon. «On va construire la rénovation du PS, monte dans le train qui veut !», a renchéri Thierry Mandon, membre de la direction du NPS. Le train du NPS est tout de même parti hier à toute allure. Gare aux déraillements. |
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Les trois crises du Parti socialiste
Eric Zemmour
[13 juin 2005]
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«Une triple crise, de leadership, de projet, et d'alliance». Lionel Jospin parlait d'or. C'était en 1997. Il radiographiait la droite après l'échec de la dissolution. Lionel Jospin voyait loin. Il prophétisait l'état de la gauche d'aujourd'hui.
Les socialistes avaient cru que les victoires électorales de 2004 effaçaient la déroute du 21 avril 2002. Ils s'étaient illusionnés. Ils ont appris que l'électeur utilise seulement l'arme qui lui paraît la plus adéquate pour exprimer sa fureur contre le pouvoir en place : Le Pen en 2002 contre Jospin ; Hollande contre Raffarin en 2004.
Hollande qui s'imaginait un destin présidentiel. La victoire du non le renvoie à la case départ. Hollande est redevenu premier secrétaire. Premier secrétaire seulement. Derrière lui, Jospin s'est affirmé seul patron du oui de gauche mais s'est retrouvé une fois encore au milieu des vaincus. Comme si celui qui croyait orgueilleusement incarner la synthèse de toutes les gauches françaises ne comprenait plus rien au «peuple de gauche».
Depuis le 29 mai, François Hollande cherche à escamoter le vote référendaire, comme une vulgaire élection européenne. Il ne s'est rien passé. Ou si peu. «Ce n'est pas vous qui avez été sanctionnés, murmure-t-il à ses parlementaires, c'est Chirac.» Les fabiusiens leur tiennent un discours plus inquiétant. Leur montrent les chiffres du non dans leurs circonscriptions. Décalage cruel. Sanction possible. Mais, si Fabius a gagné le match retour dans le pays, après avoir perdu le match aller dans le parti, il n'est pas d'office qualifié pour la finale. Il n'a pas réussi à fédérer derrière lui les «nonistes» du PS. Si Mélenchon propose une motion des non pour le prochain congrès, Emmanuelli ne s'est pas rallié, Montebourg et Peillon font cavalier seul. Pendant la campagne, Fabius s'est ostensiblement rapproché des altermondialistes, de l'extrême gauche et du PC. Stratégie mitterrandienne, ont dénoncé ses adversaires. Mais aucune de ces mouvances n'a la puissance, l'organisation, la fiabilité du PC d'antan. Et puis la pièce a déjà été jouée, et personne ne veut reprendre la place de Marchais, le «cocu magnifique».
Fabius le sait depuis le début. Il n'a jamais songé conclure une alliance avec Besancenot, Buffet ou Bové. Il les a utilisés pour tourner le PS dans une guerre de mouvement à la Bonaparte. Ce mitterrandien de stricte obédience reprenait ainsi la stratégie de Chirac face à Balladur, tournant et enfonçant Hollande par la gauche, par la «fracture sociale», devenue «deux France» dans la bouche de Fabius. Par le politiquement incorrect. Mais Chirac avait un parti pour cracher la mitraille et monter à l'assaut des redoutes balladuriennes. Pas Fabius. Ses fameux réseaux ont fondu comme neige au soleil. Et le PS n'est plus la vieille maison mitterrandienne.
Il a été sociologiquement transformé par vingt années de décentralisation. Il est devenu une sorte de grosse UDF où notables, petits et grands, présidents de conseils régionaux ou généraux, maires de grandes et petites villes, sont dominants. Cette nouvelle sociologie s'est accompa- gnée d'un changement idéologique : le parti s'est «rocardisé». Le cocktail libéral-libertaire hérité de Mai 68 ne peut guère être remis en cause.
Quand la jeune garde mitterrandienne dénonçait la «gauche américaine», le parti l'approuvait. Michel Rocard devait s'appuyer sur les sondages, sur la pression d'une classe moyenne modernisatrice. Rocard tentait de s'imposer au PS de l'extérieur. Aujourd'hui, c'est Fabius qui tient ce rôle. Il voit enfin ses sondages décoller du néant. Il rappelle que le coeur de la gauche – cadres moyens du public, fonctionnaires, infirmières, travailleurs sociaux – a fait basculer le vote en faveur du non. C'est Fabius qui s'appuie sur ce désir retrouvé des électeurs pour la politique, auprès d'élus souvent dépolitisés, que les rigueurs de la mondialisation ont désenchantés. Elus qu'il ne faudrait pas pousser pour qu'ils sacrifient sans trop d'états d'âme une victoire hypothétique à la présidentielle pour de gros et bons succès aux élections locales. Ainsi les notables UDF se consolèrent-ils très vite des défaites successives de leur champion, Raymond Barre ou Edouard Balladur. C'est pourquoi Emmanuelli propose des primaires présidentielles étendues à l'ensemble de la gauche ; mais, dans le PS, sa «ligne» a perdu d'avance.
Car la campagne référendaire a fini par révéler la vraie nature de deux projets antagonistes. Le non de gauche a sonné une volonté de reprendre en main la souveraineté fiscale, monétaire, budgétaire. Toute la gauche avait abandonné avec joie la souveraineté nationale, au nom de la paix et de l'internationalisme ; elle a découvert que la souveraineté populaire était partie avec.
Mais le non de gauche ne veut pas assumer cette découverte. Le fleuve du non de gauche est un républicanisme qui s'ignore, un chevènementisme qui se cache. La pression culpabilisante de la «bien-pensance» est encore trop forte.
C'est la même stratégie de dissimulation et de confusion qui prévaut chez les partisans du oui. Derrière leurs protestations sociales, la campagne a approfondi leur «compatibilité» avec le oui de droite. L'Europe qu'ils ont défendue ne peut pas ne pas être libérale et libre-échangiste. Question de rapport de forces au sein de l'Europe à 25. Le hollandisme s'avère un chiraquisme qui se dénonce, un blairisme qui ne s'assume pas. C'est le sens de l'alliance avec Dominique Strauss-Kahn, le «réformiste de gauche». Le PS en est là : un parti qui ne sait plus qui il est, ni quelle gauche il veut façonner, dans une France en pleine crise d'identité.

