02 juin 2005
''La révolte des peuples''
Edito d'Eric Dupin : ''La révolte des peuples''
(Paris) - A ce jour, deux tiers des peuples de l’Union européenne consultés par référendum ont rejeté le traité constitutionnel. Seuls les Espagnols l’ont massivement mais passivement approuvé (58% d’abstention). Depuis hier, la France n’est plus le « mouton noir » de l’Europe. Le « nee » hollandais n’est pas seulement impressionnant par son ampleur : 62% de refus avec une participation spectaculaire de 63% pour un pays sans tradition référendaire. Pour d’autres raisons, il devrait tout autant inquiéter les dirigeants de l’Union que le « non » français. Si la Hollande est un petit pays, elle avait toutes les caractéristiques du parfait soldat de la construction européenne. Depuis 1944, les Pays-Bas participent à une sorte de micro-Europe, le Benelux. L’orgueil nationaliste des Néerlandais peut difficilement être invoqué pour expliquer leur geste. Et le plat pays du joint légal a longtemps été un exemple de tolérance et d’ouverture qui ne le prédisposait guère aux crispations du repli. Le « modèle des polders » n’est certes plus qu’un souvenir. Des courants protestataires fleurissent, des tensions communautaires surgissent et le gouvernement est aussi impopulaire à Amsterdam qu’à Paris. Mais la crise hollandaise a bel et bien une dimension européenne. Si les Allemands avaient voté, certains de leurs dirigeants le susurrent, le « nein » aurait pu l’emporter. Face à ces réalités, il ne suffit pas de railler une contestation assurément bigarrée. Les Néerlandais ne sont pas subitement devenus un ramassis de xénophobes, néo-fascistes, démagogues et autres gauchistes. Le « populisme » est la courte explication de ceux qui se voilent la face. On ne peut pas construire l’Europe contre ses peuples.
Éric Dupin
Journaliste indépendant, Eric Dupin livre chaque jour sur Yahoo! Actualités son regard sur l'actualité. Avec ses convictions, mais sans a priori ni exclusive.
Vincent Peillon appelle François Hollande à réagir: «Non à la bunkérisation de la direction du PS»
Député européen, Vincent Peillon est le cofondateur avec Arnaud Montebourg, du courant Nouveau Parti socialiste. Partisan du non, il est resté discret dans la campagne référendaire. Trois jours après le référendum, il regrette que la direction du PS se replie sur elle-même. Entretien.
Que s'est-il passé, selon vous, dimanche ?
Le vote puissant et net en faveur du non dit trois choses : un rejet sans appel de la politique de la droite, favorisé par l'autisme de Jacques Chirac après les cantonales, régionales et européennes de 2004 ; le refus, non pas de l'Europe, mais de la façon dont elle se met elle-même dans l'impasse ; la volonté de rompre au plan national et européen avec les dérives libérales qui sont en train de dissoudre le lien social.
Face à cette situation, que doit faire le PS, dont l'électorat a largement voté non ?
Sans aucun doute se remettre en cause. Le vote de dimanche n'est qu'une amplification des difficultés que nous avons connues le 21 avril 2002. A l'époque, la direction du PS n'a pas pris la mesure de l'événement. Sa seule réponse a été de faire entrer Laurent Fabius à la direction ! Aujourd'hui, à l'autisme de Chirac répond la bunkérisation de la direction du PS. Et les grands conciliabules portent sur la sortie ou non de Laurent Fabius du secrétariat national. C'est une plaisanterie ! Si c'est la seule réponse que nous avons à apporter à ce qui s'est passé dimanche, c'est un peu court. Si le PS veut se figer, faire la tortue romaine et laisser l'impression détestable aux Français que la seule chose qui compte, c'est le leadership de l'un sur l'autre, ça sera sans le NPS. Car si c'est le cas, tout le monde perdra en 2007. Samedi, lors du conseil national, nous poserons d'ailleurs la question à nos «amis» : «Est-ce que vous voulez gagner en 2007 ?» Car si on analyse bien les résultats de dimanche, c'est un formidable socle pour l'emporter, à condition d'apporter des réponses.
La suite sur <http://www.liberation.fr/page.php?Article=300987>

